DESCRIPTIF
Une petite fille qui veut
faire plaisir à sa maman et qui se plie à ses
caprices. Jusqu’au jour où la maman se change en
un énorme démon rouge, mangeur
d’enfant. C’est au père,
appelé à la rescousse, qu’il revient
alors la tâche de divertir l’effrayant
démon, de lui faire oublier son appétit pour
ainsi ramener la maman.
Sur sa lancée, le père va profiter des faibles
forces de sa propre mère pour jouer au marionnettiste : la
grand-mère fatiguée n’est plus
qu’un jouet entre les mains de son fils. Mais la petite fille
revient et compte bien sauver sa grand-mère.
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NOTE D'INTENTION
La chosification
Dans cette pièce, mes personnages ont chacun leurs
démons. Ce sont ici des démons qui chosifient :
qui se chosifient eux-même pour s’offrir
à l’autre ou qui chosifient cet autre. Au final,
ces démons n’ont qu’un seul but : la
fusion avec l’autre pour construire à deux une
chose qui se suffit à elle-même.
« Je ne suis pas ta chose », c’est le cri
intime et salvateur de l’être qui lutte contre ses
propres démons et les démons des autres.
Le rôle du père
Face à une mère surpuissante et
dévorante, j’ai voulu montrer
l’importance du rôle du père, comme un
rempart, un garde-fou pour la mère. C’est au
père qu’il revient d’aider la
mère à retenir ce démon
dévorant. D’un père mou et
effacé devant sa femme, j’ai voulu montrer toute
l’importance de son soulèvement, de cette prise de
conscience de son indispensable intervention pour empêcher la
fusion de la mère et l’enfant.
C’est un éloge au pouvoir de distraction du père.
L’esthétique des monstres et l’univers marin
Les personnages des dessins animés de Hayao Miyazaki (Le
voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Le Château
ambulant...) m’ont beaucoup influencé dans la
création des démons de la pièce. Dans
ses dessins animés, Hayao Miyazaki crée des
personnages à deux visages, des personnages qui tiennent
à la fois du bien et du mal et qui sont, en cela, bien plus
humains que les personnages archétypés du monde
de Disney.
Pour cette famille où les mères mènent
la danse, j’ai voulu baigner l’histoire dans la
mer. Cette image de la mer sera mon fil conducteur onirique tout au
long de l’écriture et participe de beaucoup
à la construction des démons (le démon
rouge comme une grosse anémone de mer, le
père-algues, le père-clown, la petite fille
pantin qui flotte). La mer sera ensuite une indication essentielle pour
la scénographie, le son, les costumes et le jeu des
comédiens.
Les comptines pour enfants
Les personnages chantent parfois des comptines pour enfants dont les
paroles prennent ici un sens nouveau : elles soulignent la
monstruosité des personnages en même temps
qu’elles amènent à
s’interroger sur le sens originel de ces comptines
surannées, transmises de générations
en générations.
« Savez-vous planter les choux ? » devient ici le
prétexte d’une cannibalisation du corps de
l’enfant par sa mère.
« Une chanson douce » (Titre original: "Le loup, la biche et le chevalier", Paroles : Maurice Pon, Musique : Henri Salvador) illustre la transmission
d’une histoire fusionnelle mère-fille
où la mère chevaleresque et sa fille rejettent
ensemble le père-loup.
« Meunier, tu dors », c’est finalement la
victoire de Don Quichotte sur les moulins à vent, quand le
père devenu clown réussit à endormir
le démon rouge de la mère.
« Maman, les p’tits bateaux » devient la
chanson d’un fils libéré de
l’emprise maternelle et qui, de retour sur ses deux pieds,
prend le contrôle de sa mère.
La lignée des corps
Tous les personnages seront joués par deux corpulences : un
comédien élancé et une grande
comédienne plantureuse.
Le comédien jouera : La petite fille pantin, la petite fille
(sauf 3ème tableau), le père algues, le
père et le père clown. Pendant les deux premiers
tableaux, la petite fille a donc le même corps que son
père. Tout comme lui, elle se plie aux caprices de la
mère.
La comédienne jouera : La mère, le
démon rouge et la petite fille (du 3ème tableau).
La petite fille du 3ème tableau grandit en abandonnant le
corps mou du père pour s’incarner dans le corps
maternel. C’est en même temps le signe de son
égale puissance d’avec la mère et la
menace de voir à nouveau surgir le démon rouge,
mais cette fois à travers la fille qui a
hérité du corps de la mère.
Si les comédiens différencient la
manière de jouer dans leur corps, ils gardent
néanmoins leur propre corpulence. Incarner deux personnages
dans un même corps, c’est leur donner une
filiation, un lien de chair qui passe par la corpulence du
comédien.
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EXTRAIT DU TEXTE
Extrait du tableau Tableau 2 :
Après que le
démon rouge de la mère s'est
réveillé et a emmené avec lui le
pantin de la petite fille. Dans un coin de la scène, la petite fille se parle
à elle-même. Au centre de la scène, le démon rouge parle au
pantin et rejoue avec le pantin les scènes
évoquées par la petite fille.
LA PETITE FILLE
Au début, quand j’allais à l’école, je pleurais beaucoup.
LE DEMON ROUGE
Ma fille pleure, je suis heureuse ! Elle veut rester avec moi ! Elle
pleure pour me faire plaisir ! Ma fille pleure, elle m’aime,
elle veut rester avec moi pour toujours. Moi aussi, j’aime ma
fille. Je pleure en partant de l’école. Je suis
triste de voir ma fille pleurer. Je lui fais au revoir de la main. Et
quand je reviendrai, je la prendrai entre mes bras, je
l’embrasserai.
Je l’aime tellement !
LA PETITE FILLE
Et quand maman venait me chercher à
l’école, elle me serrait très fort dans
ses bras. C’est comme si elle avait eu peur de ne plus jamais
me revoir.
LE DEMON ROUGE
Ah ! Ma chérie ! Nous voilà à nouveau rassembler pour toujours...
Jusqu’à la prochaine fois.
LA PETITE FILLE
Je me disais : « Si maman a peur, c’est
qu’elle doit savoir quelque chose de terrible et
qu’elle ne veut pas me le dire. Peut-être
qu’un jour, ma maman ne reviendra pas ? »
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