La marge heureuse

Démarche inspirée par la création en octobre 2018 du spectacle C’est bon. E ok. Rendben. This is just a story, actuellement en tournée. Lancement le samedi 23 février 2019 à 14:00 à Anis Gras, le lieu de l’autre, à Arcueil, avec une première réunion/discussion.

Les textes ci-dessous, en mouvement, sont modifiés et mis à jour de temps en temps, sans datation, sans traçabilité, nourris des échanges et discussions menés en parallèles de la tournée.

Questionner les marges :

Quelles sont, dans l’état actuel de notre société, les marges dont nous disposons ? Qui en dispose ? Comment ? De quel droit si droit il y a ? Ces marges se déclinent en termes d’espace, de temps, de programmation, de budget, d’interprétation du monde, etc. Devant la polysémie et les multiples rapports sensibles aux marges, je tente pour l’heure de continuer à utiliser ce même mot pour évoquer tous ces aspects. Je parie sur le contexte d’énonciation et le partage de mon parcours de pensée pour tenter de mettre cette « marge heureuse » en dialogue avec d’autres.

Peut-on vivre, créer, travailler et penser dans les marges, en fluidité avec les centres sans être ni absorbé, ni mis à l’écart par eux ? La marge peut-elle coexister avec des rapports de propriété ? Peut-on protéger ou souhaiter la pérennité d’une marge, de l’intérieur ou de l’extérieur, sans finalement la détruire à force de volonté ? La volonté est-elle contraire à la marge ? Quel type d’accès à la marge : entre choisir ou subir, l’errance est-il un accès plus heureux, dans les deux sens du termes ? L’imaginaire collectif conditionne notre vision de la marge dans son rapport à la loi, à l’économie, à la réussite, de manière souvent négative. Peut-il en être autrement ? Est-ce souhaitable ? Quels impacts sur la pérennité des marges ? Un système centralisé, s’il se sent menacé par les marges, sait aussi recourir aux marges pour innover et assurer son adaptation, sa croissance : les marges sont-elles forcément ou attaquées ou exploitées par les centres ?

Depuis décembre 2018, je rencontre des gens, des artistes, des représentants de lieux, d’institutions, d’associations, etc. pour échanger sur cette idée de « marge heureuse ». D’ici janvier 2020, je souhaite aboutir à la rédaction d’un document qui comprendra une partie théorique sur mon rapport à la marge ou, plutôt, aux marges, et les motivations, les objectifs et pistes de réflexion liés à cette idée de « marge heureuse ». Une deuxième partie consistera à proposer un guide pratique sur la manière de mettre en acte l’identification, la valorisation et l’habitation des marges d’une manière « heureuse », c’est-à-dire positivement vécue, non agressive et pérenne. Une telle structuration est-elle compatible avec l’essence même des marges ? Peut-être peut-on se limiter à la construction d’un cadre ou dispositif propice à un rapport non destructeur des centres envers les marges : est-ce possible ?

Quelques pistes de réflexion actuelles :

La tournée de C’est bon. E ok. Rendben. This is just a story s’est construite par ma prise de contact avec des responsables de lieux, mais aussi grâce à des gens qui ont trouvé pour moi un espace mis à disposition par une collectivité, qui ont relayé par leurs réseaux la communication au niveau local, et qui m’ont accompagné logistiquement pour l’accueil du public le jour J. J’ai eu le sentiment que le spectacle était programmé et accueilli par les spectateurs eux-mêmes, qu’ils m’avaient épargné un travail de démarchage auprès des professionnels. Comment puis-je encourager ce type de relation directe entre artistes et spectateurs, pour moi et pour d’autres artistes ? Comment faciliter le regroupement de spectateurs ici et là sur le territoire, prescripteurs et financeurs de la venue de formes d’art conçues pour la marge (techniquement et économiquement, et donc esthétiquement), accueillies dans des espaces inoccupés de lieux institutionnels, d’entreprises ou chez des particuliers ? Une sorte d’achat groupé redonnant ainsi un réel pouvoir de programmation culturelle aux spectateurs, au niveau local.

Face à la réduction ou à la suppression de budgets dans le domaine artistique, alors que les dépenses de sécurité et de logistique continuent d’augmenter du fait de l’inflation ou de la réglementation, les sommes dédiées aux salaires des artistes diminuent. Au sein d’un lieu de programmation artistique, comment créer et proposer ponctuellement des alternatives aux modes de transport, de restauration et d’hébergement des artistes, en accord avec eux, pour générer des marges budgétaires ré-affectées aux salaires d’autres artistes, accueillis à la marge des programmations officielles ? Comment traduire (ou effacer?), en termes de comptabilité et de communication, la création de ces marges pour ne pas jouer le jeu des subventionneurs et tutelles qui pourraient chercher à légitimer, à travers ce type d’initiative, des baisses budgétaires ou l’augmentation d’objectifs de « remplissage » des salles ?

Comment sensibiliser les différents acteurs liés à la marge sur le fait que leurs modes d’entrée et de sortie de la marge ont un impact fort, positif ou négatif, sur l’imaginaire collectif à propos de l’image même de la marge?

Face au développement des « Eurodisney de la friche », comment pérenniser les marges pour les protéger d’intérêts liés à leur destruction à court terme (intérêts liés à la spéculation immobilière, à l’optimisation budgétaire, à la gentrification, etc.) ? Dans le cadre d’un progamme d’accompagnement culturel pour la réhabilitation d’un quartier urbain, les artistes peuvent-ils intervenir à la demande de l’institution sans participer à un processus de gentrification ?

Comment créer, pour des personnes dont les vies personnelles et professionnelles sont particulièrement denses, des marges en termes de temps et de budgets afin de leur permettre de s’adonner à la démocratie participative et aux activités de socialisation au niveau local tout comme aux sorties culturelles ? Réunions et activités pendant un temps de cuisine en commun ? Réunions, concerts et lectures en laverie ? Garde d’enfants mutualisée ? Qui est prescripteur ou acteur ? Où s’arrête le soutien et où commence l’ingérance ?

En parallèle des rencontres individuelles, je propose à ceux qui le souhaitent de venir échanger sur la notion de « marge heureuse » pour enrichir, par la réflexion collective, nos réflexions individuelles. Pour participer à ces rencontres, s’associer au projet en tant qu’artiste, spectateur, institution, lieu d’accueil, volontaire, etc. :

Contact : Julien Daillère, 0669187527, j.daillere@gmail.com
Page FB : https://www.facebook.com/lamargeheureuse
Groupe FB : https://www.facebook.com/groups/237375817196362

Rencontres prévues :

Samedi 23 février 2019 à 14:00 : Anis Gras, le lieu de l’autre, 55 av Laplace, 94110 Arcueil

Samedi 02 mars 2019 (après la représentation) : Villa Sator, 1 place aux citoyens, 79130 Pougne-Hérisson (Poitou-Charentes)

Lundi 04 mars 2019 à 19:00 : Le Lavoir Public, 4 impasse Flesselles, 69001 Lyon

Dimanche 10 mars 2019 à 14:00 : à Dijon, RDV devant la gare SNCF « Dijon Ville », à l’entrée principale. Contact tél. si besoin : 06 69 18 75 27.

Samedi 06 avril 2019 à 14:00 : Anis Gras, le lieu de l’autre, 55 av Laplace, 94110 Arcueil

Mai 2019 : Fabrica de Pensule (la Fabrique de Pinceaux), 59-61 rue Henri Barbusse, 400616 Cluj-Napoca, Roumanie

Mai 2019 : Bucarest, Roumanie (date, horaire et lieu à confirmer)

Mardi 04 juin 2019 à 18:00 : Teatru Fix, 34 rue Bucium, 700265, Iași, Roumanie

 

La « formation » comme outil de mobilisation ?

Accueillez des artistes dans les marges de votre ville.village ou de votre institution !

Devenez programmateurs.trices de théâtre, danse, cinéma, musique, commissaires d’exposition, etc. !

Formation pour rendre concrètement à chaque citoyen une part d’initiative quant à la programmation artistique sur son territoire.

  • Apprenez à identifier et solliciter l’hospitalité d’un espace adapté et disponible pour accueillir des formes d’art faites pour la « marge heureuse » (techniquement et économiquement décroissantes),
  • Provoquez le regroupement et l’engagement du nombre nécessaire de spectateurs pour financer la venue des artistes,
  • Aidez collectivement les artistes à trouver des solutions logistiques peu onéreuses ou gratuites pour leur séjour dans votre ville.village (hébergement, transport, repas),
  • Faites la promotion des spectacles, expositions… qui vous semblent pouvoir intéresser d’autres collectifs de spectateurs (en cours de création au niveau national) et entrez en réseau avec eux,
  • Faites connaître l’initiative à des artistes qui choisissent une voie qui vous semble résonner avec la « marge heureuse »,
  • Participez à la constitution d’un réseau de lieux d’accueil partenaires.

Cette formation, actuellement en cours de construction, sera proposée via Internet, peut-être sous forme interactive, peut-être en présence physique si prise de relais. Construite via une série de rencontres et d’entretien, elle s’appuiera sur un document en cours de rédaction, à la fois réflexion théorique et guide pratique, qui sera diffusé via Internet et imprimé sur papier pour diffusion en bibliothèque, réseaux, etc.

Contribuez activement à la programmation culturelle de votre territoire, indépendamment ou en lien avec le réseau institutionnel : devenez programmateurs.trices de théâtre, danse, cinéma, musique, commissaires d’exposition, etc., pour aider, à un niveau individuel et collectif, à développer une marge de manœuvre et d’indépendance, vitale pour les artistes et les citoyens qui ne trouvent pas toujours leur place dans l’offre institutionnelle. Participez à dynamiser la création et la production artistique « à la marge » sur votre territoire.

Julien Daillère
j.daillere@gmail.com
0669187527

www.lamargeheureuse.com

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